Quitter la France pour vivre à Londres : ce que personne ne te dit (retour après 7 ans)

Résumé : ce qu’il faut savoir avant de quitter la France pour Londres
Quitter la France pour s’installer à Londres est un projet réalisable, mais les différences administratives, culturelles et financières sont bien plus profondes qu’un simple déménagement. Après 7 ans de vie à Londres — dont le Brexit, le COVID, et un changement complet de carrière — voici ce que j’aurais voulu qu’on me dise avant de partir.
Qui suis-je pour en parler ?
Je m’appelle Alexandre Auger. En 2016, j’ai créé francejetequitte.com — le premier blog francophone sur « quitter la France » — alors que je vivais déjà à l’étranger depuis plusieurs années. En 2019, je me suis installé à Londres. J’y vis toujours en 2026.
Je ne suis pas un conseiller en expatriation. Je suis un entrepreneur qui a vécu chaque étape : le settled status post-Brexit, le système bancaire britannique, la culture du pub, le COVID dans un appartement de Southbank, et la construction d’une entreprise tech depuis le Royaume-Uni.
Ce qui suit n’est pas un guide administratif copié d’un site d’assurance. C’est un retour d’expérience brut, avec les vrais chocs que personne ne mentionne.
Le credit score : le choc numéro un quand tu arrives de France
En France, le credit score n’existe pas. Les banques françaises évaluent ta « solvabilité » en regardant tes fiches de paie et ton taux d’endettement (plafonné à 35%). Si tu n’as jamais eu d’incident, tu es invisible — et c’est bien.
Au Royaume-Uni, c’est l’inverse. Tout repose sur un score à trois chiffres (Experian, Equifax, TransUnion). Chaque facture payée, chaque carte utilisée, chaque contrat téléphonique contribue à construire — ou détruire — ce score.
Ce que ça implique concrètement quand tu arrives :
- Ton historique français ne vaut rien. Zéro. Tu repars de zéro en arrivant au UK.
- Tu ne peux pas louer un appartement facilement. Les landlords vérifient ton credit score. Sans historique, tu dois payer 6 à 12 mois d’avance.
- Tu ne peux pas avoir de contrat téléphone. Pay-as-you-go pendant des mois, le temps de construire un score.
- Même ouvrir un compte bancaire est un parcours. Monzo et Revolut ont simplifié les choses, mais les banques traditionnelles (HSBC, Barclays) demandent une preuve d’adresse — que tu n’as pas encore.
Comment j’ai construit mon credit score :
- Ouverture d’un compte Monzo (pas de vérification d’adresse historique)
- Inscription sur le registre électoral (Electoral Roll) — +50 points immédiatement
- Carte de crédit « builder » (Aqua, Capital One) avec une limite de £200
- Paiement intégral chaque mois, sans exception
- Contrat téléphone après 6 mois
- Au bout d’un an : score suffisant pour louer sans garant
| Critère | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|
| Score centralisé | Non (système négatif uniquement) | Oui (positif et négatif) |
| Metric principale | CDI + taux d’endettement 35% | Score 3 chiffres (0-999) |
| Impact au quotidien | Faible (banque + prêt immo) | Total (logement, téléphone, assurance, emploi) |
| Historique transférable | Non applicable | Ne se transfère pas entre pays |
| Carte de crédit | N’existe pas vraiment (débit différé) | Essentielle pour construire l’historique |
La culture du pub : ce n’est pas juste « aller boire un verre »
En France, l’après-travail c’est l’apéro — un verre de vin, du fromage, une terrasse de café. C’est détendu, c’est civilisé, ça dure une heure.
À Londres, le pub est la vie sociale. Ce n’est pas une option — c’est le lieu où tout se passe :
- Les deals business se font au pub, pas en salle de réunion
- Ton manager te juge (aussi) sur ta présence au pub le vendredi soir
- Les hiérarchies s’effacent autour d’une pinte — le junior parle au directeur
- Le « round » (tourner les pintes) est un code social non-écrit que tu dois maîtriser
- Tu ne manges pas. Enfin, pas forcément. Les Anglais peuvent enchaîner 4 pintes sans toucher à la nourriture
Différences culturelles qui m’ont frappé :
- On boit debout. Dehors s’il fait 5°C. Pas de problème. Les terrasses françaises chauffées, ça n’existe pas ici.
- On boit vite. Le « let’s grab a quick pint » dure rarement une pinte.
- Le pub ferme tôt (23h en semaine). Pas de bars ouverts jusqu’à 2h comme à Paris.
- Pas de serveur à table. Tu commandes au bar, tu paies au bar, tu retournes t’asseoir.
- Le Sunday roast remplace le déjeuner dominical français. Bœuf, Yorkshire pudding, gravy. C’est sacré.
Le Brexit vécu de l’intérieur : de citoyen européen à « migrant »
J’étais à Londres quand Boris Johnson a officialisé le Brexit le 31 janvier 2020. Du jour au lendemain, mon statut a changé. Je suis passé de « citoyen européen avec liberté de circulation » à « étranger devant prouver son droit de rester ».
Le Settled Status — ce qu’on ne te dit pas :
- 278 887 Français ont demandé le settled status depuis 2015
- 38 168 Français ont carrément pris la nationalité britannique depuis 2016
- La procédure est « gratuite » mais l’anxiété est réelle : tu scannes ton passeport sur une app, tu attends, et tu espères qu’un algorithme valide ta vie
Ce qui a changé concrètement :
- Ta carte d’identité française ne suffit plus pour entrer au UK — passeport obligatoire
- Tes parents qui viennent te voir doivent passer par la file « All Passports » à Heathrow
- Si tu quittes le UK plus de 2 ans, tu perds ton settled status
- Les nouveaux arrivants français ont besoin d’un visa à points (salaire minimum £38 700/an en 2026)
- L’ambiance émotionnelle : un sentiment de rejet latent. Tu vis ici depuis des années, tu paies tes impôts, et on te demande de « prouver » que tu mérites de rester.
Le COVID à Londres — déménager devant le London Eye en plein confinement
Mars 2020. Le monde s’arrête. Et moi, je déménage.
Pas dans n’importe quel quartier. À Southbank Place, One Casson Square — un immeuble de 36 étages face à la Tamise, en SE1. Le London Eye à gauche. Big Ben et le Parlement de l’autre côté du fleuve. Piscine de 25 mètres en sous-sol. Salle de sport. Concierge 24h/24.
Et personne dans les rues.
Ce que le COVID à Londres m’a appris :
- Le NHS fonctionne. Pas parfait, mais le vaccin était gratuit, rapide, accessible. Les Britanniques ont vacciné plus vite que n’importe quel pays européen.
- Les Anglais respectent les règles… puis explosent. Confinement strict → réouverture → tout le monde au pub le même jour.
- Le « furlough scheme » (chômage partiel britannique) était généreux — 80% du salaire couvert par l’État. Plus rapide et plus simple que les dispositifs français.
- Vivre dans un immeuble de luxe pendant un confinement, c’est surréaliste. Piscine fermée. Gym fermée. Vue sur une ville fantôme depuis le 20e étage.
- Boris Johnson faisait la fête pendant que le pays était enfermé. Le « Partygate » a été un séisme politique. Impensable en France — ou plutôt, personne ne l’aurait découvert.
Les 300 000 Français de Londres — la 6e ville de France ?
Boris Johnson aimait dire que Londres était « la 6e plus grande ville française ». Le consulat estime à 300 000 le nombre de Français dans le Grand Londres. Sur le registre officiel : 134 723 inscrits au 1er janvier 2026.
Mais attention : ce n’est plus le South Kensington d’il y a 20 ans. Les Français se sont dispersés :
- Kentish Town, Camden, Hampstead — écoles bilingues, vie de quartier
- Southbank, Bermondsey, Borough — jeunes pros, startups, finance
- Canary Wharf, Greenwich — banques, tech, familles
- Clapham, Battersea — la « Frog Valley » du sud
Six ans après le Brexit, les Français n’ont pas déserté. Ils se sont adaptés. Comme moi.
Londres, de plus en plus réservée aux millionnaires — qui partent quand même
Mon immeuble, Southbank Place, c’est un bon thermomètre. Dans le même complexe, il y a des bureaux en coworking (type Regus/WeWork) avec vue sur la Tamise. J’avais fait une demande pour en avoir un — elle a abouti. Mais je n’ai pas pris. Trop cher. Depuis le COVID, les loyers ont fait +30% minimum dans ce quartier.
Un 2-chambres à One Casson Square se loue aujourd’hui entre £3 000 et £4 500/mois. En 2019, c’était £2 200–3 000. La hausse est brutale et elle ne s’arrête pas.
L’exode des millionnaires depuis avril 2025
Et le paradoxe : alors que Londres devient de plus en plus chère, les très riches s’en vont.
Depuis l’arrivée du Labour Party au pouvoir (juillet 2024) et surtout depuis avril 2025 — date de l’abolition du statut non-dom — le Royaume-Uni perd ses millionnaires à un rythme record :
- 10 800 millionnaires ont quitté le UK en 2024 — soit +157% par rapport à 2023
- Depuis Labour, un millionnaire quitte le pays toutes les 45 minutes
- 78 centi-millionnaires (fortune > £100M) et 12 milliardaires sont partis
- Destination : Émirats Arabes Unis, Suisse, Italie, États-Unis
- Total estimé : £66 milliards d’actifs investissables qui quittent le territoire
La raison ? Le nouveau régime fiscal oblige tout résident de plus de 4 ans à payer l’impôt britannique sur ses revenus mondiaux. Et l’héritage est taxé à 40% — l’un des taux les plus élevés au monde. Rachel Reeves (la chancelière) a déjà dû adoucir certaines règles à Davos en janvier 2025.
Résultat : les immeubles de luxe se vident de leurs propriétaires étrangers. Ils restent propriétaires, mais n’y vivent plus. Les appartements sont loués ou vides. La ville devient un coffre-fort pour investisseurs absents.
Pour un entrepreneur comme moi qui vit et travaille ici au quotidien, c’est à la fois une opportunité (moins de concurrence locale) et un avertissement : Londres reste attractive pour ceux qui créent de la valeur. Mais elle n’est plus le refuge fiscal qu’elle était.
Les vraies différences France vs UK au quotidien
| Aspect | France | Royaume-Uni |
|---|---|---|
| Salaire | Net après charges (simple) | Brut → PAYE → National Insurance → Net (complexe) |
| Impôts | Déclaration annuelle, paiement différé | Prélevé à la source en temps réel (PAYE) |
| Santé | Carte Vitale + complémentaire | NHS gratuit, pas de papier, tout digital |
| Logement | Garant ou CDI suffisent | Credit check + références + 6 semaines de dépôt |
| Transports | Pass Navigo ~86€/mois | Oyster/Contactless ~180£/mois (zone 1-2) |
| Nourriture | Marchés, boulangeries, petits commerces | Supermarkets (Tesco, Sainsbury’s, M&S), meal deals |
| Repos | 5 semaines minimum + RTT | 28 jours (incluant bank holidays) — c’est tout |
| Licenciement | CDI quasi impossible à casser | « At-will » dans les 2 premières années |
| Retraite | Système public complexe | Workplace pension obligatoire + State Pension à 67 ans |
| Vie sociale | Terrasse, dîner chez les gens, apéro | Pub. Pub. Pub. |
Pourquoi je suis resté malgré tout
Londres n’est pas facile. C’est cher (un flat 2 chambres en zone 1 coûte £2 500–4 000/mois). C’est gris. Les Anglais sont polis mais pas chaleureux. Le système médical est surchargé. Les trains sont en grève tous les trois mois.
Mais voilà pourquoi je suis toujours là en 2026 :
- L’écosystème entrepreneurial. Créer une entreprise au UK prend 24 heures. Pas 3 mois de paperasse comme en France. Companies House, un formulaire, £12, c’est fait.
- L’anglais comme levier mondial. Depuis Londres, je parle au monde entier. Mes clients, mes investisseurs, mes partenaires — tout est en anglais, la langue du business.
- Pas de jugement social. En France, quand tu dis « j’ai une startup », les gens lèvent les yeux au ciel. À Londres, on te demande ce que tu construis.
- La diversité. 300 langues parlées à Londres. Tout le monde vient d’ailleurs. Tu n’es jamais « l’étranger » ici.
- Le pragmatisme. Les Anglais ne s’encombrent pas de théorie. « Does it work? Ship it. » Ça me correspond.
FAQ — Questions fréquentes sur quitter la France pour Londres
Combien faut-il pour s’installer à Londres ?
Prévois minimum £5 000–8 000 pour les premiers mois : dépôt logement (6 semaines de loyer), premier mois, meubles basiques, transports. Sans emploi garanti, double ce budget.
Faut-il parler anglais couramment ?
Pour travailler dans la tech, la finance ou les startups : oui. Pour vivre au quotidien : un anglais fonctionnel suffit. Londres est tellement internationale que tu trouveras toujours quelqu’un qui parle français.
Le NHS est-il vraiment gratuit ?
Oui, mais… Les temps d’attente peuvent être longs pour les spécialistes (3–6 mois). Les urgences fonctionnent bien. Les médicaments sont à £9,90 par ordonnance (gratuits dans certains cas). Beaucoup de gens prennent une assurance privée (BUPA, Vitality) pour aller plus vite.
Peut-on encore s’installer à Londres après le Brexit ?
Oui, mais il faut un visa. Le plus courant : Skilled Worker Visa (salaire minimum £38 700/an en 2026). Il existe aussi le Global Talent Visa (tech, arts, sciences), le Scale-up Visa, et le visa entrepreneur (Innovator Founder).
Quel quartier choisir pour un Français ?
Ça dépend de ton budget et de ta vie. South Kensington si tu veux rester dans la bulle française. Shoreditch/Hackney pour la tech et la créativité. Southbank pour le prestige et la centralité. Clapham/Battersea pour un bon rapport qualité-vie. Angel/Islington pour un compromis entre tout.
Les impôts sont-ils plus bas qu’en France ?
Pour les salaires < £50 000 : similaire. Au-delà : oui, significativement plus bas. Pas de charges patronales démentes, pas de cotisations sociales ahurissantes. Le taux marginal commence à 40% à £50 270 (vs 30% à ~28 000€ en France, puis 41% à ~82 000€). L'avantage UK se voit surtout pour les entrepreneurs et les hauts revenus.
Ce que j’aurais voulu qu’on me dise
- Ton historique financier français ne vaut rien ici. Prépare-toi à recommencer de zéro.
- Le Brexit a rendu l’installation plus compliquée mais pas impossible. Il faut juste un visa.
- La culture est plus différente qu’on ne le croit. Ce n’est pas « comme Paris mais en anglais ». C’est un autre monde.
- Le pub n’est pas optionnel. C’est là que se construisent les relations professionnelles et personnelles.
- Londres récompense ceux qui osent. L’audace entrepreneuriale est valorisée ici d’une manière qui n’existe pas en France.
Alexandre Auger vit à Londres (SE1) depuis 2019. Il a créé francejetequitte.com en 2016 — le premier blog sur « quitter la France ». Aujourd’hui entrepreneur tech et fondateur de Komby (SaaS pour commerçants), il documente son parcours d’expatrié devenu CEO.
Dernière mise à jour : juin 2026.

Entrepreneur français expatrié depuis 2016. De la radio à la tech, de Bangkok à Londres en passant par Hong Kong et Montréal. Fondateur de Komby (SaaS/IA). Ce blog raconte le voyage.